Fait Divers * Interpellation
Un jeune de 22 ans meurt lors de son transfert au commissariat
André Lucchesi
dimanche 11 mai 2008 | Le Parisien
Grasse (Alpes-Maritimes)
COMMENT l'interpellation très mouvementée d'un jeune Grassois de 22 ans a-t-elle pu se conclure par la mort de celui qui venait d'opposer une résistance farouche à quatre policiers d'une brigade anticriminalité ? Seules les investigations très minutieuses des enquêteurs de l'IGPN (la police des polices), entreprises dès hier matin, et une autopsie qui sera pratiquée mardi, devraient permettre de répondre à cette question.
Cette tragédie, qui a soulevé une vive émotion dans la cité des Parfums où l'on percevait hier une certaine tension, a débuté vendredi après-midi. Au moment où Abdelakrim Ajimi se présente au guichet d'une agence du Crédit agricole dans le centre-ville de Grasse.
Le jeune homme veut effectuer un retrait en liquide qui lui est refusé. Cela le fait entrer dans une spectaculaire fureur. Un début de bagarre éclate. Police secours est alertée, et quelques centaines de mètres plus loin, Abdelakrim est intercepté par une patrouille de la brigade anticriminalité.
Un témoin pourrait avoir filmé la scène
Avec une force semble-t-il décuplée par la fureur, le jeune homme se débat. Une vitrine de magasin vole en éclats. Un des policiers a une épaule démise. Le jeune récalcitrant est finalement maîtrisé pour être poussé à l'arrière de la voiture de police. Là, un témoin aurait fait état d'un début de strangulation de la victime jetée ensuite dans le coffre du véhicule. Une scène qu'il aurait filmée. Cette version est démentie formellement par les policiers intervenants. Pour sa part, le contrôleur général Pierre-Marie Bourniquel, directeur des services de sécurité publique, indiquait hier que, pour l'instant, ce témoin avec cette vidéo ne s'était absolument pas fait connaître. Toujours est-il qu'arrivé devant le commissariat grassois, Abdelakrim est totalement inanimé. Sur place, les pompiers vont tenter en vain de le ranimer.
Selon un premier examen médico-légal, aucune trace de coup pouvant entraîner la mort n'a été constatée. « Mon fils était plutôt calme et très fluet. Il a été laissé sans soins devant le commissariat », dénonce le père d'Abdelakrim. Un garçon qui était toutefois déjà connu pour des faits de rébellion et de conduite sous l'emprise de stupéfiants. Il avait d'ailleurs dû recevoir des soins en psychiatrie.
Pour sa part, l'avocat de la famille du jeune homme, Me Franck de Vita, du barreau de Nice, s'interroge sur une intervention policière très musclée en face d'un garçon ne pesant qu'une cinquantaine de kilos. Il se garde bien toutefois de toute réaction hâtive avant de connaître les résultats de l'autopsie et de l'enquête de l'IGPN en cours. « Je fais entièrement confiance à la justice », dit-il sobrement.
__________________________________
Le coeur perçoit ce que l'oeil ne voit pas